NOUVELLE CCT DES SALARIÉS DE BANQUE : ÉTAT DES LIEUX INQUIÉTANT

Salariées et salariés du secteur bancaire,

La Convention Collective de Travail des Banques (CCT) est venue à échéance fin 2016. Des négociations ont débuté entre les syndicats ALEBA, OGBL-SBA et LCGB-SESF et l’ABBL pour établir une nouvelle CCT pour tous les salariés du secteur bancaire. Il est temps de faire un état des lieux, répondre à vos questions légitimes et rétablir quand nécessaire la vérité.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Le 25 novembre 2016 l’ALEBA, l’OGBL-SBA et LCGB-SESF ont remis à l’ABBL un cahier de revendications commun constructif, et financièrement et socialement responsable. De son côté l’ABBL n’a rien fourni : nous ne disposons donc toujours pas de vue globale des revendications patronales finales, l’ABBL ne livrant qu’au compte-goutte des informations, au fur et à mesure des réunions. Ce mode de fonctionnement n’est pas acceptable et remet en cause les principes d’un dialogue social respectueux et équilibré.

Pourquoi les négociations prennent du temps ?  Quatre groupes de travail (classification & rémunérations, organisation & temps de travail, employabilité & formation, et bien-être) discutent les différents thèmes avant de se retrouver en séance plénière pour valider les décisions.  Cette façon de procéder qui se voulait simple et innovante s’avère finalement être lente et peu efficace, notamment car les groupes de travail n’ont pas d’autonomie en termes de négociation.  Or le temps qui s’écoule est définitivement perdu sur le délai légal des négociations, d’un an maximum !

Quelles sont les revendications syndicales ?  Les syndicats ne veulent pas de perte des acquis sociaux, des automatismes ou de la prime de conjoncture, mais nous sommes d’accord d’en revoir les formes si nécessaire.  Alors qu’il n’y en a plus eu depuis 2013, nous souhaitons des augmentations annuelles linéaires raisonnables, en ligne avec la productivité du secteur financier.  Nous voulons davantage de moyens pour la formation et pour l’employabilité, mais également pour l’outplacement. Nous sommes d’accord de mettre sur pied une nouvelle CCT modernisée et simplifiée, et nous avons fait des propositions en ce sens (simplification des groupes de fonction par exemple), mais l’ABBL doit de son côté prendre ses responsabilités et tenir aussi compte de nos revendications.

Quelles sont concrètement les difficultés ?  Alors que l’ABBL ambitionne visiblement de négocier une CCT qui baserait la politique de rémunération uniquement sur le mérite individuel, c’est-à-dire en mettant  fin à toute forme d’automatisme, les syndicats défendent une position inverse.  Pour nous  la question des salaires (et d’un système de rémunération plus juste) doit revenir au centre des discussions car l’absence d’évolution salariale ces dernières années exige un réajustement.  Nous ne sommes pas prêts à accepter une CCT dont le système de rémunération serait arbitraire, qui supprimerait les garanties existantes d’évolution minimale des salaires ou qui réduirait les droits liés à l’ancienneté.  Garantir à chacun une évolution minimale et un certain dynamisme de sa carrière, c’est cela aussi, pour les syndicats, le rôle d’une CCT !

Concernant le temps de travail, l’ABBL refuse de faire la moindre concession aux syndicats qui réclament l’application et le respect stricts de la loi, avec notamment un meilleur contrôle des heures prestées, des actions pour contrer les dépassements des durées maximales du temps de travail, un respect du droit aux récupérations, la fin des pertes systématiques d’heures en fin de période de référence, des améliorations au niveau des différentes formes de congés, etc.

L’intention affichée par l’ABBL de soustraire de nombreuses dispositions de la CCT pour les renvoyer aux Délégations du Personnel, des positions patronales souvent dogmatiques ou peu claires, et le refus de concessions sont d’autres difficultés auxquelles nous faisons aujourd’hui également face.  On peut même s’interroger sur la réelle volonté de l’ABBL à établir une nouvelle Convention Collective de Travail, pourtant profitable à tous, employeurs et salariés.  Une CCT de qualité est pourtant indispensable pour maintenir l’attractivité du secteur bancaire!

Pourquoi pas une CCT temporaire ? Fonction de la difficulté de trouver des convergences, ce sont les syndicats qui ont proposé
le 10 mai à l’ABBL de prolonger l’actuelle CCT d’une année, avec une augmentation linéaire de 1% pour tous les salariés, en plus du paiement de la prime de juin.  L’ABBL a toutefois rejeté cette proposition, en mettant uniquement sur la table une enveloppe pour des augmentations discrétionnaires selon le «mérite» de 0.45% de la masse salariale (déjà payée en janvier par de nombreuses banques) et en exigeant qu’il n’y ait aucune règle pour la distribution de cette enveloppe, plus 0,55% pour la formation.  Cela n’était pour les syndicats pas acceptable!  Le refus de l’ABBL d’accorder une augmentation linéaire, combiné à sa recommandation de ne pas payer votre prime de conjoncture, est une pure provocation et constitue désormais un très mauvais signal pour la poursuite des négociations.

Et la prime de juin alors? Bien qu’elle soit dénoncée, la CCT 2014-2016 reste d’application durant toute la durée des négociations.  Pour les syndicats, votre employeur est donc tenu de payer en juin 2017 votre Prime de Conjoncture.

Salariées et salariés du secteur bancaire, les syndicats ALEBA, OGBL-SBA et LCGB-SESF sont plus que jamais décidés à négocier et mettre en place un nouveau contrat collectif juste et social, qui tient compte des réalités et des défis de notre secteur d’activités, mais également de l’excellente santé de la Place financière, comme en témoignent les très bons résultats communiqués par la CSSF le 18 avril dernier.  Nous sommes toutefois inquiets du déroulement actuel des négociations et des positions tenues par l’ABBL.  Nous réaffirmons notre engagement très ferme à défendre, plus que jamais, les droits et les intérêts de tous les salariés du secteur bancaire, en comptant sur votre solidarité si elle devait être prochainement sollicitée.

Communiqué par les syndicats ALEBA, OGBL-SBA et LCGB-SESF

Luxembourg, le 24 mai 2017