L’ALEBA veut de la modernité

Le président du premier syndicat de la place financière a abordé les thèmes qui ont jalonné l’an passé et a évoqué les négociations de la convention collective des banques. Le chef de l’organisation syndicale nous a expliqué la nécessité d’un contrat social moderne.

Pour un président de l’ALEBA, la présentation des vœux aux membres est une figure imposée. Il s’agit d’un exercice permettant de regarder, avec un peu de recul, les événements qui se sont déroulés pendant l’année écoulée. Selon Roberto Scolati, le président de l’Association luxembourgeoise des employés de banque et assurance, « 2016 a été une année très dure ». Et très chargée. La place financière a connu quatre plans sociaux (Commerzbank, UBS, Rakuten Bank et JP Morgan). Le chef de l’organisation syndicale le rappelle  : « Certains plans ont commencé fin 2016 et sont en cours. »

En 2016, l’ALEBA a pris position sur différents sujets comme la réforme fiscale en vigueur depuis le 1 er janvier. Elle a participé à un piquet de protestation devant la Chambre des députés, puis a alerté l’opinion publique sur le fameux projet de loi 7024 qui modifiera l’article 41 de la loi du 5 avril 1993 sur le secret professionnel et qui, selon l’organisation, a pour finalité de faciliter l’externalisation (ou outsourcing, le transfert d’une partie ou tout d’une fonction d’une organisation vers un partenaire externe) dans le secteur financier.

Des changements inévitables

Le 23 novembre, Roberto Scolati et le secrétaire général Laurent Mertz avaient fait part de leur inquiétude sur le sujet au ministre des Finances, Pierre Gramegna. Ce dernier « nous a écoutés, puis nous a expliqué les choses », affirme le président, avant d’ajouter qu’il ne « sait pas l’impact réel » de ce projet de loi. On ne peut pas encore savoir quel sera le nombre de pertes d’emplois ou de créations. En tout cas, Roberto Scolati promet que l’ALEBA surveillera de près le dossier pour éviter que cela «tourne au vinaigre» . Et l’organisation aura à l’œil la fameuse réforme fiscale qui suscite bien des interrogations chez les salariés des banques frontaliers.

Interrogé sur la situation actuelle de la place financière, Roberto Scolati répond que cette dernière « est en train de changer », avec notamment le développement de la digitalisation et les changements d’habitude des clients dans leur consommation des produits bancaires. Certaines banques se sont déjà préparées à ces bouleversements, mais d’autres sont encore à la traîne. « Les changements sont inévitables », souligne-t-il.

Lors de son discours, hier soir, le président du syndicat bientôt centenaire a non seulement évoqué la signature de la convention collective chez Post Telecom, mais aussi les négociations de la convention collective des banques 2014-2016 qui a été dénoncée par les deux parties (syndicats et patronat) en décembre dernier. « On veut une convention collective moderne », confie le président au Quotidien . Celle qui était encore en vigueur il y a quelques semaines « était un peu obsolète ». « Il faut adapter la convention collective de travail à la réalité du terrain », martèle-t-il. Et pour qu’enfin ce contrat colle à la réalité vécue par les salariés des banques, l’ALEBA a fait appel aux idées de ses délégués du personnel via l’opération «Contribute to your future». Ces «vues» ont été reprises dans le cahier de revendications communes avec l’OGBL-SBA et le LCGB-SESF. On y trouve, entre autres, la refonte des groupes de fonctions, qui si l’idée est acceptée par le patronat, passerait de six à quatre.

La prime de conjoncture, éternel sujet de discorde lors des négociations de convention collective, pourrait être remplacée par «une prime équivalente» à un 14 e mois de salaire. On ne sait pas encore si l’ABBL appréciera la demande.

Roberto Scolati veut aussi faire passer un message positif aux salariés et les rassurer. « On est présents à leurs côtés », dit-il. Il est vrai que 2017 a commencé avec un piquet de protestation devant un bureau d’Edmond de Rothschild et un plan social chez BSI qui ne sera peut être pas le dernier de l’année.

 

Article paru le 20 janvier 2017 dans Le Quotidien